Pour faire suite au précédent article, explorons le travail de restauration…

Chaque élément et chaque étape sont soigneusement décomposés et mis en œuvre, de façon à préserver et respecter au mieux ce qui est connu de l’état initial de l’ouvrage, jusqu’au moindre fragment de ficelle. D’ici-là, « numéro 7 » devra quand même être suivi attentivement par son propriétaire ! L’analyse des pigments a ainsi confirmé l’instabilité des rouges utilisés dans les décorations de la première partie du volume. Détail émouvant si l’on considère les plus de 800 ans qui nous séparent, il est très possible que l’enlumineur se soit lui-même rendu compte de ce problème, car la composition de sa couleur est plus stable et plus dense dans les derniers folios, et les traits plus marqués !

Le vert, très présent, se tient beaucoup mieux. Pour la petite histoire, la couleur verte est à l’époque généralement composée de miel et de vinaigre, avec oxydation dans un vase d’alliage métallique qui sera idéalement placé dans un tas de fumier chaud ! Peu aventureux, notre enlumineur a également utilisé quelques pointes de violet, de marron et parfois de bleu, avec parcimonie. Que Bernard de Clairvaux ait été un pourfendeur des couleurs, jugées diaboliques, n’incitait pas à l’exubérance de ceux qui enluminaient ses sermons ! On attend de scruter d’un peu plus près le style des enluminures (peut-être inspiré d’un modèle plus ancien, que l’enlumineur aurait eu sous les yeux) et les feuillets datables du IXe siècle. Si modestes soient-ils, ils pourraient un jour être mis en relation avec d’autres manuscrits incomplets, datables de cette période et conservés dans des collections publiques…
Et nous attendons le retour du Manuscrit n°6 de la Bibliothèque, aussi en cours de restauration, et qui présente d’étranges similitudes avec son camarade n°7…

Arnaud,
Bibliothèque municipale André Malraux – Saint-Brieuc