Tenues et fournitures destinées aux bataillons scolaires, proposées sur catalogue, 1883, Archives de Rennes, R 16.

Après la perte de l’Alsace-Lorraine, en 1871, des bataillons associant sport et exercices pré-militaire sont créés à l’école. Leur objectif : préparer la future revanche.

L’idée d’un enseignement militaire dans les écoles date de la Révolution française, mais elle n’est pas concrétisée tout de suite. Ce n’est qu’après la guerre de 1870 et le traumatisme de la perte de l’Alsace et de la Lorraine en 1871 qu’une organisation spécifique voit le jour en 1882 : les bataillons scolaires. Il s’agit d’inculquer des rudiments de gymnastique, discipline et exercices militaires aux enfants des écoles primaires, associant dans un même idéal les instituteurs, les communes et les vétérans des armées. L’exercice militaire n’est pas dissocié de l’exercice physique qui n’existe pas encore en tant que tel.

Archives de Rennes, R 16
Archives de Rennes, R 16

Destiné aux garçons de plus de 12 ans, le bataillon scolaire se compose de cinquante enfants. Les garçons reçoivent des uniformes, sont récompensés par des diplômes et chantent des chansons composées spécialement pour eux. Le matériel préconisé par le ministère de la Guerre est spécialement fabriqué : mini clairons, petits tambours et répliques réduites des fusils Gras et Lebel de l’époque ; certains sont en bois pour l’apprentissage du maniement de l’arme, d’autres pouvant tirer du petit calibre (pour les élèves de 14 ans).

C’est ce que nous présente ce catalogue du grand magasin parisien « La Belle Jardinière » envoyé à la ville en 1883.

L’enthousiasme de ces bataillons suscite une littérature et une imagerie imprégnées du style grandiloquent de la fin du XIXe siècle. Mais le désenchantement arrive assez rapidement à cause de la difficulté des vétérans des armées à s’adapter à la psychologie des enfants, des motivations parfois incertaines des enfants, comme l’attrait d’un bel uniforme ou la fierté des parents, de l’opposition des milieux libéraux et catholiques (car le bataillon scolaire se réunit le dimanche), de l’abaissement de l’âge du certificat d’études qui réduit les effectifs des enfants présents à l’école primaire, d’un constat d’inefficacité (les rudiments appris restants éphémères), enfin de la montée en puissance des sociétés de gymnastique, devenant plus motivantes. Au bout d’une dizaine d’années, les bataillons scolaires sont abandonnés.

Parler aujourd’hui des bataillons scolaires surprend beaucoup dans le milieu scolaire. Restent une imagerie et des objets rares et appréciés des collectionneurs.