Suite de l’épisode 5 de notre série sur les cartonnages de percaline du fonds Pollès de la Bibliothèque de Rennes Métropole…


HP 30035/2

Et voici le cartonnage qui peut susciter la plus vive admiration ou le rejet exaspéré : Les parures : fantaisie de Méry [11], illustré par Gavarni.

L’illustration se caractérise par une surabondance dans l’usage de l’or ; c’est un vagabondage fantaisiste inspiré par la mode, publié à Paris chez De Gonet.  La percaline noire, à l’encadrement estampé à froid, qui porte le nom de l’illustrateur, met en valeur l’éblouissement doré des tranches, du dos et des plats. Les motifs dorés, mosaïqués, dont le relief crée un effet de perspective, représente un savant fouillis d’objets de luxe ; sur le plat supérieur, étoffes de prix, éventail, plume, collier clouté de pierres précieuses ; amusante mise en abyme, un livre richement relié porte au dos le nom de l’illustrateur ; la gravure d’une rare finesse, ouvre le couvercle d’un coffret à bijoux sur des bagues et des bracelets ; un cadre minuscule, serti de pierres précieuses révèle, dans un médaillon ovale d’un centimètre de hauteur le buste et le profil d’un visage féminin ; on peut, dans son chignon, distinguer l’empreinte des dents du peigne. Avec une bonne loupe on ferait certainement d’autres découvertes…

Les jugements suscités par le style des cartonnages ont été sévères, souvent. Le bibliophile Henri Béraldi trouve racoleur le décor de cette reliure industrielle qui tourne le dos à la reliure traditionnelle : « Ce ne sont que des vignettes transportées sur le plat du livre, des anecdotes, des histoires racontées sur la couverture, et les plus funestes modèles qui se puissent offrir pour le véritable art du relieur ornemaniste [12] » .

Le bibliophile Octave Uzanne dénonce ces décors de plaque figuratifs dépourvus d’invention car ils sont la copie d’une illustration du livre ; et cet « art de bazar [13] » :  « Les plaques gravées pour […] un nombre assez considérable d’autres ouvrages édités de 1840 à 1850, qui se frontispicèrent de décorations commerciales abracadabrantes, sont contraires à tout sentiment esthétique et restent encore agressives par leur vulgarité. »

Notre appréciation des cartonnages est bien différente de celle de nos aînés. C’est que le prestige du beau, longtemps a été exclusivement l’aura de l’œuvre d’art unique ; la multiplication, raison d’être de l’édition, a pu sembler incompatible avec l’art ; à leurs débuts, la photographie et le cinéma ont provoqué des débats analogues.

Françoise, Rennes, Bibliothèque Les Champs Libres

[11] HP 30035/2. Paris,  G. de Gonet, [1850], 270 x 178 x 25 mm

[12] Henri BERALDI, La reliure du XIXe siècle, Paris, L ; Conquet, 1895, t. II, p. 53-58.

[13] Octave UZANNE, L’art dans la décoration extérieure des livres en France et à l’étranger, Paris, L. H. May, 1898, p. 135 sq.